La bonne santé d’Illiad ne se dément pas. Les résultats du premier semestre 2008 viennent à point nommé pour illustrer l’attachement de Xavier Niel, fondateur et principal actionnaire du groupe, au credo de la « croissance rentable ». Avec un chiffre d’affaires de 692,2 M€ au 30 juin 2008 (versus 574,1 M€ en juin 2007) et, surtout un EBITDA de 256,9 M€, le groupe, qui sort un résultat net consolidé de 82,9 M€ (+ 27,5 %), valide avec brio une stratégie de croissance basée sur le dégroupage de la boucle locale, sur les services à valeur ajoutée proposés sur la Freebox, et sur une maîtrise draconienne de ses coûts, notamment marketing.
Avec 3,134 millions d’abonnés ADSL au 30 juin (dont 83,4 % en dégroupage), Illiad améliore sa rentabilité malgré un revenu moyen par utilisateur (ARPU) qui reste à 36,3 euros ; une performance qui s’explique non seulement par l’augmentation de la base clients (+ 19 %), mais aussi par « la baisse de certains tarifs régulés et par l’utilisation croissante de certains services vidéo ». Cerise sur la gâteau de ces résultats : le free cash flow de 70 M€ dégagés sur la période permet à a fois d’autofinancer la totalité des investissements fibre (32 M€) et de renforcer la trésorerie du groupe, qui s’établit à 265,5 M€
Ce dynamisme et cette bonne santé financière ont placé Free en bonne position pour concrétiser le rachat d’Alice pour 775 M€, un prix qui pourrait cependant être revu à la baisse en fonction de l’importance réelle des déficits fiscaux reportables, estimés à 350 M€ au moment de la signature.
La filiale française de Télécom Italia, avec ses 850 000 abonnés actifs, permet à Illiad de porter sa part de marché ADSL de 19,8 % à 25,5 %, encore loin des 49,6 % d’Orange, mais devant les 23,8 % de Neuf-SFR. Néanmoins, le plus faible taux de dégroupage d’Alice (45,8 %) et son ARPU plus faible (27 euros versus 36,3 €) devraient tirer les résultats vers le bas dans un premier temps.
Peu loquaces sur la stratégie à venir pour l’entreprise nouvellement acquise, le duo formé par Xavier Niel et Maxime Lombardini (Directeur Général d’Illiad), se réfugiant derrière la nouveauté de la chose (« nous sommes actionnaires depuis deux jours ») a cependant lâché quelques pistes. « Il n’y a pas de projet de migration des clients Alice vers Free, a expliqué Maxime Lombardini, la marque Alice, qui a ses propres services, sa hot line gratuite, et continue à recruter des clients, continuera d’exister ». Une nouvelle Alice Box devrait cependant voir le jour dans les mois qui viennent et, ajoute Xavier Niel, « il serait dommage de se priver du levier du volume pour réduire nos coûts d’achat ». La convergence du cœur des box est donc à prévoir, même si chacune garde son esthétique.
Autre domaine dans lequel le « modèle Free » va prévaloir : celui des coûts marketing. Avec 35 à 40 M€ d’achat d’espace publicitaire annuels, Alice se situe dans la fourchette des 400 euros de coût d’acquisition par client, un ratio qui, chez Free, est à diviser par dix.
Sur le plan social, les dirigeants d’Illiad affirment ne pas avoir d’a priori sur le devenir des 450 collaborateurs (hors support) d’Alice. Néanmoins, le rapprochement entre le ratio « personnel permanent/nombre d’abonnés » des deux sociétés (120 salariés pour 3.134.000 abonnés chez Illiad, 450 pour 850000 abonnés chez Alice, toujours hors support) laisse à penser que l’embauche ne sera pas à l’ordre du jour chez Alice. « Certains opérateurs ont pris l’habitude de fonctionner avec des gens qui ne faisaient pas grande chose – a glissé Xavier Niel - ; chez Illiad, nous travaillons beaucoup ».
Par contre, il a expliqué vouloir tirer profit de la branche entreprise de Telecom Italia France, pour développer le marché entreprise, qui existe déjà chez Iliad à travers Iliad Telecom, même s’il s’empresse d’ajouter « ce n’est pas un axe prioritaire pour nous ».
Questionné sur l’environnement concurrentiel des offres, Xavier Niel, fidèle à la drôlerie tranchante de ses propos, s’est montré particulièrement féroce vis-à-vis d’Orange et de son offre Orange TV, qui relève selon lui d’une « stratégie de voyou », puisqu’elle consisterait à occuper le terrain et prendre des parts de marché avec une offre contestable en misant sur la lenteur de la réaction des autorités de tutelle.
« Nous estimons que cette offre est illégale – car c’est de la vente liée - et moralement condamnable, a-t-il expliqué. Si vous êtes fan de foot, par exemple, vous êtes obligé d’acheter toute l’offre d’Orange TV, même ce qui ne vous intéresse pas, pour bénéficier du foot. A ce compte-là, pourquoi ne pas acheter sa télé chez Orange, ou même l’électricité qui fait fonctionner le tout chez Orange électricité ? Nous avons intenté une action en référé, que nous avons perdu, mais nous continuerons nos démarches jusqu’au bout ».
Par ailleurs, satisfait de sa collaboration avec l’opérateur historique sur le déploiement de la fibre dans les fourreaux d’Orange, Free attend impatiemment la position de l’Autorité de régulation (ARCEP) sur le point de mutualisation de la fibre, autrement dit, sur la partie du réseau où le premier opérateur qui s’installe dans un immeuble devra faciliter l’accès à ses concurrents. Orange milite pour une mutualisation au pied de l’immeuble ; les autres opérateurs plus en amont, dans les NRO (nœud de raccordement optiques), afin de limiter les coûts liés au dédoublement des réseaux jusqu’aux immeubles. Le groupe souhaite avoir couvert en FTTH « 70 % de Paris horizontalement durant le 2ème semestre 2009 ».
Toujours partant pour la 4ème licence de téléphonie mobile 3G, Illiad se déclare intéressé par deux options possibles : soit le bloc de fréquences de 15 MHz à un prix « discount », soit 10 MHz pour 15 ans (au lieu de 20) à un prix « aussi réduit que possible ».
Le pari d’Illiad, qui juge le marché mobile insuffisamment concurrentiel, est de permettre à un ménage de trois personnes (papa-maman-enfant) possédant autant d’abonnements mobiles de réaliser une économie de l’ordre de 1000 euros par an, autrement dit, de diviser la facture par deux.
Source : jdt